Le calcul partagé en astronomie sous BOINC 8


Mes statistiques : http://fr.boincstats.com/stats/boinc_user_graph.php?pr=bo&id=937

 

 

 

 

Cet article est un résumé de l’exposé que j’ai fait sur le sujet le 16 novembre 2010. Il est de temps en temps réactualisé, la dernière mise à jour datant de novembre 2013.

Il ne comporte malheureusement pas d’image au sens propre du terme, mais j’espère qu’il saura accrocher les personnes passionnées par le calcul intensif sur ordinateur personnel !

Dans une première partie, après avoir rappelé ce qu’est BOINC, on exposera les projets de calcul partagé liés à l’astronomie en en faisant un court descriptif.

Ensuite, on citera quelques autres types de projets en physique, mathématiques, biologie, médecine et informatique.

On détaillera ensuite les différentes parties de l’ordinateur qui peuvent calculer sous BOINC en insistant particulièrement sur les cartes graphiques (GPU).

Et pour finir, on essaiera de voir quelles implications le calcul partagé pourrait avoir sur le développement des sciences et quelles formes il pourrait prendre dans le futur.

 

BOINC est un sigle qui signifie Berkeley Open Infrastructure for Network Computing. Chaque internaute peut télécharger BOINC sur son ordinateur.

BOINC utilise la puissance de calcul disponible et pas nécessaire pour l’utilisation en cours sur l’ordinateur allumé. Lorsqu’on fait du traitement de texte ou des tâches de bureautique, on n’utilise qu’un faible pourcentage de la puissance de calcul de l’ordinateur. BOINC utilise donc la puissance restante sans vraiment consommer plus de courant électrique, sauf si l’on décide de solliciter la carte graphique pour les calculs. De plus, toute tâche demandée par l’utilisateur est tout à fait prioritaire par rapport aux travaux de BOINC. On ne s’aperçoit même pas que BOINC fonctionne, sauf, là encore si l’on décide d’impliquer la carte graphique sans aucune restriction. Dans ce dernier cas, les affichages de l’écran peuvent alors être plus lents ou saccadés.

Toutefois, on peut régler tous les paramètres pour chaque projet ou pour la globalité des projets. Par exemple, on peut demander au « BOINC Manager » de cesser tout calcul dès que l’on touche la souris et de ne redémarrer que 10 minutes plus tard. On peut encore lui demander de cesser toute utilisation de la carte graphique dès que l’on utilise l’ordinateur, ou en permanence, de n’utiliser qu’un pourcentage que l’on définit soi-même de la puissance de calcul de la machine, etc… On se fera une idée de certains paramètres réglables en visualisant ce tableau :

 

 

BOINC est surtout conçu pour faire avancer la science pendant que l’ordinateur est allumé et pas utilisé, au lieu de bêtement calculer un écran de veille inutile.

Le « BOINC Manager » une fois téléchargé distribue le travail entre les microprocesseurs de la machine comme désiré par le propriétaire de cette machine : par exemple 10% du temps pour le projet A, 10% pour le B et 80% pour le C.

Mais nous parlerons de tout cela plus bas.

Notons aussi que l’utilisateur n’a strictement rien à faire une fois le programme installé : les travaux sont téléchargés automatiquement, les calculs démarrent automatiquement et les résultats sont envoyés automatiquement une fois que le calcul est terminé.

 

LES PROJETS LIES A L’ASTRONOMIE :

Il y en a 7 principaux : seti@home, einstein@home, milkyway@home, cosmology@home, Constellation@homeasteroids@home et Skynet POGS. Mais il y a aussi orbit@home qui ne distribue pas trop de travail.

Seti est le plus célèbre et d’un certain point de vue le « moins sérieux des projets ». Il consiste à analyser les signaux captés par l’antenne d’Arecibo pour essayer d’y trouver un signal intelligent qui aurait été envoyé par des extra-terrestres. La quantité de calcul à faire est tellement colossale que ce partage des tâches entre des dizaines de milliers de machines s’est révélé nécessaire.

Lorsque je dis que c’est le « moins sérieux » des projets, c’est parce qu’il est basé sur le principe plus ou moins hasardeux qu’il pourrait exister des intelligences extra-terrestres. Si un jour, Seti découvre un signal intelligent, du coup, il deviendra alors très certainement le programme le « plus sérieux de tous les temps » qui aura permis la découverte la plus importante de tous les temps. Et cela justifie à mon avis que l’on donne une partie de son temps de calcul à ce projet.

Einstein est un projet qui analyse les données en provenance du détecteur d’ondes gravitationnelles « Ligo« . Le but est de découvrir ainsi des pulsars doubles qui déforment l’espace temps d’une manière particulière comme l’avait prévu Einstein lui-même. Et cela marche puisque des couples de pulsars sont régulièrement découverts !

Milkyway est un programme qui dépouille les observations du SDSS afin de déterminer où sont et vers où se dirigent les étoiles de la Voie Lactée. Le projet aboutira à un modèle 3D très fiable de notre galaxie.

Cosmology est un programme de simulation qui fait varier 11 paramètres cosmologiques pour obtenir un nombre incroyable d’univers possibles. Ces univers possibles sont alors comparés aux observations réelles faites par les satellites Cobe, Wmap et Planck, afin de trouver lequel « colle » le mieux avec la réalité. On connaîtra alors les 11 paramètres !

Constellation est proposé par AerospaceResearch. Ce projet consiste à développer de nouveaux systèmes technologiques (lanceurs, rovers lunaires…) qui seront développés dans le futur pour la conquête spatiale !

Asteroids va permettre d’élargir nos connaissances sur les propriétés physiques des astéroïdes à partir de données photométriques. C’est un projet tchèque. Ce projet permet d’enrichir une base de données sur les astéroïdes. On peut notamment s’amuser à « regarder » la forme des astéroïdes en 3D en les faisant tourner à la souris sur cette base de données.

Skynet POGS est un projet du célèbre International Centre for Radio Astronomy Research (ICRAR).  Ce projet va nous permettre d’affiner notre connaissance des paramètres physiques de différentes galaxie en combinant les données de différents capteurs observant à différentes longueurs d’ondes : GALEX, Pan-STARRS1 et WISE. Les Work Units portent les noms des astres dont les images sont calculées, comme par exemple NGC 2500 ou autre…

Orbit calcule des trajectoires d’orbites d’astéroïdes géocroiseurs.

 

QUELQUES PROJETS HORS DE L’ASTRONOMIE :

En biologie, on notera GPUGrid, qui fait des calculs de repliements de protéines, mais ce projet nécessite une carte graphique NVidia©. On notera aussi WorldCommunityGrid qui est un programme de recherche de molécules pour guérir les cancers, le Sida et d’autres maladies. Récemment, un projet « avant-gardiste » a été proposé : il s’agit de neurona@home. Ce projet a pour but de simuler le comportement d’un assemblage de nombreux neurones en fonctionnement. Il pourrait déboucher sur des systèmes intelligents, sans compter l’avancement de la compréhension du fonctionnement de notre propre cerveau. Pourquoi dis-je que ce projet est « avant-gardiste » ? Parce qu’une unité de travail ne nécessite pas moins de 6 Go de mémoire vive, ce qui est énorme même pour une machine toute récente ! C’est à ma connaissance le projet qui demande la plus grande mémoire de travail. Mais je n’ai jamais réussi à me connecter à ce projet et je ne sais même pas si les nouvelles connexions sont acceptées en ce moment.

En physique, on notera le projet QMC (Quantic Monte Carlo) qui est un projet de chimie quantique. On utilise des méthodes numériques pour résoudre les équations de mécanique quantique dans le cas des molécules qui sont alors abominablement complexes. Il y a peut-être une révolution en vue… On notera bien entendu LHC@home, mais ce projet ne donne plus de travail aujourd’hui : il a été remplacé semble-t-il par Test4Theory qui lui, donne régulièrement du travail. Mais pour le faire fonctionner, il faut installer une machine virtuelle sur son ordinateur, ce qui semble gourmand en puissance quand on fait un tas d’autres calculs sur sa machine.  On notera aussi des projets qui en fédèrent plusieurs comme « ibercivis » ou « yoyo » dans lesquels on simule par exemple le comportement des plasmas dans les tokamacs dans le but de réussir à contrôler la fusion des noyaux d’hydrogène pour le projet Iter à Cadarache.

En mathématiques, on notera PrimeGrid, un projet de recherche en théorie des nombres premiers, fondamentaux en mathématiques. Il y a aussi un programme qui cherche à démontrer la conjecture « ABC » qui, si elle est démontrée, alors tout à coup plusieurs autres conjectures deviendront simultanément des théorèmes démontrés. Il y a le projet sur la conjecture de Collatz (aussi appelée le problème 3x+1 ou la conjecture de Syracuse…), dont Paul Erdös disait que les mathématiques d’aujourd’hui ne sont pas du tout prêtes pour s’attaquer à de tels problèmes. On peut aussi citer le projet « OGR » ou encore un autre : « Rectilinear Crossing Number » qui pourrait servir à fabriquer des cartes électroniques beaucoup plus performantes entre autres… Ce projet a été retiré, car le serveur qui le distribuait a subi une attaque de hackers. Les administrateurs ont décidé de terminer les calculs « en interne », car ils ont été assez avancés par BOINC pour pouvoir être terminés ainsi ! Pour finir avec les projets mathématiques, signalons le tout récent projet NumbersField qui sert à constituer une base de données consultable par tout le monde. C’est un projet de théorie algébrique des nombres qui devrait nous aider dans notre compréhension des propriétés profondes des nombres. Il y est question de « corps de nombres », dont Evariste Galois est à l’origine.

Parlons aussi de quelques projets liés aux recherches en informatique comme AQUA@home qui cherche à mettre au point des algorithmes pour les futurs ordinateurs quantiques. Ce projet a été retiré il y a quelques mois pour des raisons que j’ignore. Ou alors FreeHAL@home qui est un programme qui devrait aider à créer une intelligence artificielle pouvant « parler comme un humain » ! Le prix Hugh Loebner de 100000$ et la médaille d’or pourront peut-être enfin être distribués… et les « entités algorithmiques intelligentes » comme EVA (Evolutionary Virtial Agent) pourront alors exister sur nos ordinateurs personnels et soutenir des conversations avec nous !!!

Mais tous ces projets sont largement présentés et expliqués sur le site de l’Alliance francophone à consulter sans modération. La lecture des descriptifs des projets vaut bien la lecture d’une très bonne revue scientifique.

 

Les quelques exemples donnés ci-dessus ont pour but de montrer la richesse des vrais travaux scientifiques qui se font sur BOINC et auxquels tout le monde peut participer !

 

On trouvera aussi des informations sur BOINC en général à l’adresse : https://sourceforge.net/apps/mediawiki/emmubuntu/index.php?title=Boincd. Cet article qui date un peu reste excellent dans les explications des principes de BOINC !

 

LE CALCUL PAR LES DIFFÉRENTS PROCESSEURS DE L’ORDINATEUR :

Tous les projets peuvent être calculés par le CPU (microprocesseur principal sur la carte mère) et certains sur le GPU (microprocesseurs massivement parallèles de la carte graphique).

En puissance de calcul, celle du GPU peut être jusqu’à 30 fois, voire 100 fois supérieure à celle du CPU. Seulement, beaucoup de projets ne peuvent pas êtres programmés pour utiliser le GPU, car les travaux ne sont pas parallélisables.

Il existe deux marques de GPU : les ATI© (AMD©) et les NVidia© (Intel©). Seuls quatre projets peuvent utiliser les cartes graphiques ATI à ma connaissance : Collatz, MilkyWay, PrimeGrid, Einstein et DistrRTgen.

Pour la NVidia©, il y en a plus : Collatz, MilkyWay, PrimeGrid, GPUGRID, Seti…

Il y a toutefois certains projets que je déconseille de faire tourner sur les GPU. En effet, le même travail fait sur GPU n’est que 2 à 6 fois plus rapide que sur le CPU : ils sont mal optimisés pour fonctionner sur GPU. Alors que la différence de vitesse pour les autres projets peut être incroyable. Le top, ce sont PrimeGrid ou DistrRTgen qui sollicitent les cartes graphiques à plus de 90% ! Pour voir quels projets ne sont pas bien optimisés pour GPU, il faut voir le temps pris par une unité de travail sur CPU et sur GPU, et il faut ensuite voir comment elle est « rémunérée » en points Boinc (voir juste ci-dessous), ce qui donne une idée du travail effectué.

Une méthode plus ou moins fiable a été élaborée sur BOINC pour essayer d’évaluer le travail effectué par une machine : la rémunération en nombres de points appelés « Cobblestone ».

Un Cobblestone = 864 secondes de fonctionnement d’une machine à 1000 Mips (Millions d’Instructions par seconde) = 864 milliards d’instructions élémentaires effectuées.

Notons que pour avoir une idée de l’ordre de grandeur du nombre d’opérations en virgule flottante en précision simple, il faut à peu près diviser le nombre d’Instructions par seconde par un nombre entre 2 et 8 suivant les cas. On divise en général par 2.

 

Prenons comme exemple ma machine personnelle :

Elle est équipée d’un microprocesseur Hexacoeur Edition extrême, elle a donc 12 processus de calcul pouvant fonctionner simultanément sur CPU (1.2 milliards de transistors). Ce CPU réussit à gagner 15000 points par jour sur des projets ne pouvant fonctionner que sur CPU (WorldCommunityGrid, ABC, yoyo, aqua, QMC, Ibercivis, Cosmology, LHC…) plus deux projets pouvant aussi fonctionner sur GPU mais auxquels j’ai interdit d’utiliser le GPU, considérant que par rapport à d’autres projets, c’était gaspiller du temps sur GPU (Einstein et Seti).

L’image ci-dessous montre les 12 treads de l’ordinateur sollicités à 100%, ainsi que la RAM de 12 Go dont 6.73 sont sollicités par BOINC (si je lance d’autres travaux qui nécessitent beaucoup de RAM, le BOINC Manager fera tourner de lui-même d’autres projets qui sollicitent moins de RAM afin d’en libérer pour moi) :

 

 

Ma machine est de plus équipée de la carte ATI Radeon R9 290X (6.2 milliards de transistors gravés en 28 nanomètres) qui gagne à elle toute seule 1500000 points par jour avec le projet DistrRTgen, plus d’une carte NVidia GTX 680 (3.5 milliards de transistors gravés en 28 nanomètres) qui peut gagner 375000 points par jour avec le projet GPUGRID (mais un tel gain n’est possible qu’avec les travaux « Long runs ») ou 400000 points par jour avec le projet PrimeGrid et les travaux PPS(Sieve) ! Notons qu’il y a plusieurs mois, avec mon ancienne carte Nvidia, la GTX 470, ces derniers travaux sur PrimeGrid me rapportaient aussi 400000 points par jour : ils étaient surévalués, mais la rémunération a ensuite été réajustée à 200000 pour mieux correspondre à la réalité du travail effectué. Cela montre à quel point il peut être difficile d’évaluer le travail effectué par un microprocesseur…

Si je le voulais, je pourrais donc faire 1800000 points par jour avec mes deux cartes GPU en faisant la « course aux points ». Mais comme je désire participer à certains projets comme MilkyWay ou GPUGRID ou Collatz par intérêt scientifique, il me faut me contenter d’un peu moins de points !

Dans le tableau ci-dessous, on peut voir quels sont tous les projets sur lesquels je travaillais avec ma machine il y a quelques mois (aujourd’hui, il y en a quelques-uns en plus). On peut voir dans cet exemple que je peux demander à ce qu’il n’y ait pas de nouveau travail qui soit envoyé pour un projet. J’aurais pu le demander pour tous, tout comme je peux demander d’arrêter tout calcul pour BOINC quand bon me semble en 20 secondes seulement :

 

 

Pour des raisons que j’ignorais, MilkyWay « plantait » sur ma NVidia et PrimeGrid sur ma ATI .

Mais, lorsqu’on a un tel problème, il suffit d’aller sur le forum de l’Alliance Francophone et d’exposer notre problème. Sur ce forum, les personnes sont hyper réactives et les problèmes trouvent des solutions. En moins de 1 heure, on me proposait un lien vers un site me permettant de télécharger un pilote qui a réglé mon problème !

Si le problème ne trouve pas de solution, j’interdis à mon Boinc Manager de télécharger ces travaux qui plantent.

En regardant le tableau ci-dessous, on peut se faire une idée des réglages que l’on peut faire pour un projet donné, si on veut qu’il n’utilise que le GPU ou que le CPU ou les deux :

 

 

Dans le tableau ci-dessous, on peut voir en temps réel quels projets sont en train de tourner sur la machine et quels microprocesseurs chacun sollicite ; on voit aussi une partie des travaux qui n’ont pas encore été commencés (« l’ascenseur » dans la colonne de droite de la fenêtre donne une idée de la quantité de travail en attente d’être effectué !) :

 

 

Signalons aussi qu’il vaut mieux utiliser la toute dernière version 7.0.64 de BOINC que par exemple l’ancienne version 6.10.58 qui n’alloue plus que 50% à 80% de la puissance de calcul de la machine à BOINC au bout de quelques jours de fonctionnement ininterrompu et cela pour des raisons que j’ignore.

Pour fonctionner simultanément, tous ces projets ont besoin de 4.5 Go, parfois 5 Go de RAM (si je lance d’autres programmes de math pour mes recherches personnelles sur les suites aliquotes, 8 Go peuvent parfois être sollicités au total, mais j’en ai 12, soit 1 Go par processus de calcul, cela m’ayant paru raisonnable lorsque j’ai commandé ma machine).

Signalons que si l’on fait tourner le projet mathématique NFS@home, ou encore Constellation@home, il vaut mieux avoir 2 Go de Ram par threads, car ces projets sont très gourmants en Ram : parfois plus de 1 Go par unité de travail ! Lorsque le BOINC Manager faisait tourner 12 unités de travail de ces projets simultanément sur mes 12 threads, ma machine plantait ! Je fais aujourd’hui tourner ce projet sur une autre machine qui a 24 Go de Ram… Plus de problème comme cela !

Le tableau ci-dessous montre quelle quantité de mémoire est utilisée sur le disque dur par BOINC, ainsi que les parts respectives de chaque projet :

 

 

Quant à la consommation, elle est de 650 Watts en permanence. Attention à l’onduleur, il en faut un spécial ! Attention aussi à la facture d’électricité : 60€ par mois si la machine tourne 24h/24h.

C’est une sorte de don à la recherche.

Aujourd’hui, je suis multi-millionnaire en Cobblestones et je compte bien devenir un jour multi-milliardaire, mais ce ne sera pas possible avec ma machine actuelle ou du moins avec mes cartes graphiques actuelles.

Je peux me vanter au jour d’aujourd’hui d’avoir effectué 1020 instructions élémentaires de calcul pour la recherche, comme le prouve le certificat délivré ci-dessous par BOINC :

 

 

Je fais aussi à moi tout seul plus de 1% de tout le travail qui se fait sur BOINC en France et 0.04% de tout le travail que se fait au niveau mondial. Mais ce niveau de performance pour moi va descendre au fur et à mesure que les autres personnes s’équiperont de machines de plus en plus puissantes.

Notons aussi que la puissance de calcul de ma machine de plus de 11 milliards de transistors semble être de 7 Téraflops, soit 7000 milliards d’opérations en virgule flottante à la seconde (ou environ 14000 milliards d’instructions élémentaires à la seconde), mais uniquement si je fais tourner les programmes optimisés pour mes cartes graphiques. Pour précision : en 1996, ce fut un incroyable exploit quant le premier supercalculateur avait atteint 1 Téraflops !

Précisons encore que quand mes cartes graphiques font des calculs optimisés, il peut arriver qu’elles envoient des résultats à Berkeley via la connexion Internet toutes les 4 ou 5 minutes. Berkeley envoie en retour de nouveaux travaux à effectuer. D’où, l’importance de la connexion Internet. Je demande au BOINC Manager de télécharger une réserve de travail pour trois jours, pour avoir du travail à effectuer en cas de dysfonctionnement de ma liaison Internet.

Notons aussi que aujourd’hui (novembre 2013), on trouve en vente des cartes graphiques encore plus puissantes comme la Titan de NVidia (cette dernière vaut cependant 1000 €) ou la R9 290 X de ATI. Il ne se fait rien de mieux pour le moment. Avoir deux de ces cartes dans sa machine permettrait aujourd’hui à un l’utilisateur de faire plus de 2500000 voire 3000000 de points par jour pour une puissance électrique consommée de 600 W.

Les tableaux ci-dessous montrent les statistiques des points que j’ai gagnés ainsi que des points gagnés au jour le jour :

 

 

 

N’importe qui peut regarder mes statistiques évoluer en direct à l’adresse http://fr.boincstats.com/stats/boinc_user_graph.php?pr=bo&id=937 ! Il est même possible de regarder les statistiques de n’importe quel boinceur en tapant le Login de ce boinceur dans le champ juste à gauche de « utilisateur » sur l’adresse précédente, encore faut-il connaitre ce Login…

Il peut être encore plus intéressant de regarder les statistiques de BOINC au niveau mondial pour connaître la puissance de calcul globale de BOINC et voir son évolution ! Cliquer sur l’adresse http://fr.boincstats.com/stats/project_graph.php?pr=bo pour visualiser ceci !

 

QUELQUES RÉFLEXIONS PERSONNELLES SUR BOINC ET LE FUTUR DE BOINC

Est-ce écolo de faire une utilisation anormale de BOINC comme je le fais en le laissant tourner 24h/24h ?

NON ! MAIS, peut-être que si nous étions 10 millions « d’extrémistes du calcul comme moi », c’est sûr, il faudrait 10 centrales nucléaires de plus sur la planète, mais peut-être aussi que nous maîtriserions alors la fusion nucléaire en 2035 au lieu que ce soit en 2050 ! De plus, il vaut mieux utiliser 600 Watts pour calculer que pour éclairer un clocher la nuit… Et, plus de la moitié de l’électricité que je consomme l’est pour faire des calculs pour la recherche.

Est-il dangereux pour la machine de calculer avec BOINC ?

OUI, en théorie il est impossible d’éviter toute intrusion de virus. Mais en pratique, cela ne s’est encore jamais vu malgré le million d’utilisateurs. En ce qui concerne l’usure de la machine et des microprocesseurs, je n’ai jamais rien constaté de ce côté-là. D’ailleurs les fabricants eux-mêmes disent que ça ne fait rien aux puces de calculer toujours. C’est plutôt mauvais d’arrêter et de recommencer, à cause des variations de température. Mais attention, l’unité centrale et les composants doivent être très bien ventilés ! Attention aussi à la poussière qui s’accumule en quelques mois et qui empêche la bonne ventilation… Voilà maintenant 2 ans que ma machine tourne non stop et pas le moindre souci !

Est-il possible que ma machine serve à faire les calculs pour une bombe atomique d’une puissance malfaisante ?

TRÈS PROBABLEMENT NON, car j’imagine très mal une armée risquant de faire intercepter ses données classées « secret défense » d’une bombe ou autre arme sur les machines de tout le public. Certains projets peuvent cependant être commerciaux et faits pour d’autres que des universités. Je faisais tourner un tel projet (AQUA), pour une entreprise privée canadienne, qui risquait de breveter la découverte qui pouvait être faite en partie sur ma machine. Ceci dit, les recherches sur les ordinateurs quantiques me paraissent trop importantes pour que je m’en privasse !

 

Personnellement, je trouve très stimulant de pouvoir contribuer à toutes ces recherches. J’aime bien imaginer que ma machine est en train de résoudre simultanément des équations de Navier-Stokes, des équations différentielles du problème à N corps, des équations de Scrhrödinger, de décomposer de grands nombres en nombres premiers en utilisant les complexes algorithmes de Lenstra et encore un tas d’autres choses que je serais incapable de comprendre et encore moins de programmer de façon optimale moi-même. On vit vraiment à une époque où il se passe des choses qu’on n’aurait pas pu imaginer il y a 20 ans !

Dans ma machine, chez-moi, j’analyse des signaux venant du cosmos pour découvrir de nouveaux pulsars et dresser une carte de notre Voie-Lactée. C’est de la vraie science, de la science avancée du 21ème Siècle !!!

 

SI UN LECTEUR DE CET ARTICLE A DES QUESTIONS SUR BOINC, NE PAS HESITER A ME LES POSER.

 

Et dans le futur ?

Dans 15 ans, les machines auront probablement des puissances de calcul de 1000 ou même 10000 Téraflops, des rams de 1 To et des disques dures ou des choses qui les remplacent d’une capacité de 1000 ou 10000 To. Les liaisons de communication permettront peut-être de télécharger des travaux d’une taille 1000 fois supérieure à aujourd’hui, soient de programmes beaucoup plus complexes encore qu’aujourd’hui.

Si aujourd’hui, BOINC fait de « simples » calculs, on peut imaginer que dans les années 2020, on pourra télécharger des projets qui feront de la démonstration automatique de théorèmes mathématiques et même qui chercheront de nouveaux théorèmes. Les bases de données risqueraient alors de s’enrichir à une vitesse échappant à tout contrôle par l’être humain, pour le plus grand bien de la connaissance. La connaissance oui, mais celle de qui : des humains ou des machines ? Serait-ce là l’avènement de la fameuse « singularité » de Ray Kurtzweil ?

POUR LE MEILLEUR OU POUR LE PIRE pour NOUS, mais là, c’est une toute autre histoire…


A propos Jean-Luc GARAMBOIS

Formation en physique. Passionné par tous les sujets d'astronomie et plus particulièrement par le ciel profond : les quasars et les galaxies. Passionné en parallèle par les mathématiques et en particulier par les suites aliquotes. Passionné aussi par l'intelligence artificielle. A toujours du temps pour discuter de l'un ou l'autre de ces sujets.


Leave a comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


trois + = neuf

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

8 commentaires sur “Le calcul partagé en astronomie sous BOINC

  • Michel

    Très bon article mais je te conseille de passer à du matériel pro prévu lui pour fonctionner 24/24 !

    Je parle d’une CM bi processeur Xeon ou Opteron, 24 Go de Ram minimum, alim redondante et surtout carte graphique Nvidia Tesla conçue spécialement pour le calcul en parallèle!

    Par ailleurs, il existe un très bon prof de calcul distri rémunéré en Cash, pm moi pour plus d’infos…

    • Jean-Luc Garambois Auteur du billet

      Bonjour Michel,
      Je ne demanderais que cela : avoir un tel matériel, mais cela coûte trop d’argent !
      Pour ce qui est des CPU, très fiable et n’a jamais lâché depuis juin 2010.
      Par contre, les GPU, quelle que soit la marque, lâchent toutes au bout de deux ans !
      D’où, l’intérêt de prendre une pro… deux fois plus chère.
      J’ai fait mon choix et j’en change donc tous les deux ans, donc tous les ans car j’en ai deux sur ma CM. Ainsi, j’en ai toujours une très récente et très puissante.
      Aujourd’hui, je fais environ 15000 milliards d’opérations à la seconde avec ma NVidia GTX 680 et ma ATI R9 690X.

    • Jean-Luc Garambois Auteur du billet

      Je connais bien le site de l’Alliance francophone et je m’y connecte plusieurs fois par semaine !
      Mais je n’éprouve pas le besoin d’appartenir à une team pour cruncher !
      Mais heureusement que vous le faites : vos quinzaines et vos défis boostent certains nouveaux projets pas encore connus…
      Merci pour votre commentaire.
      Jean-Luc

  • Luc

    salut Jean-Luc
    Excellent ton article. J’aime bien ton commentaire sur Seti!
    Pense a mettre des panneaux photovoltaïques sur ta maison
    pour alimenter (au moins partiellement) ta super machine.
    A bientot
    L

  • Andreas -horn- Hornig

    Thank you for mentioning our Constellation Project.
    Unfortunatelly my french is really bad and I restarted a French course A2 Level, but is there a German or English translation?
    Would like to understand the text alittle bit better:
    But I allready linked it on our facebook-site and twitter.
    I hope it will bring you more readers.

    Best regards and clear sky!

    Andreas