Les tripoints hydrographiques.   Mise à jour récente !


En mai-juin 2025, j’ai parcouru de part en part la ligne de partage des eaux en France. Depuis Pfeterhouse à la frontière France-Suisse le 29 avril, jusqu’à Portella-Blanca-d’Andorra (2 517 m) le 16 juin à la frontière France-Espagne-Andorre. Périple de l’ordre de 1 400 km pour 26 800 m positifs et 24 800 négatifs. 48 étapes.

J’ai contourné au plus proche possible tous les bassins versants vers la Méditerranée sur ma gauche et tous les bassins versants vers la Mer du Nord, la Manche puis l’Atlantique sur ma droite. J’ai visité bon nombre de sources où j’ai pu me désaltérer. Ce long chemin est souvent non balisé, parfois commun avec le GR7 balisé « blanc-rouge ». Il passe inévitablement par deux points très particuliers appelés points triples ou tripoints hydrographiques. Points d’où divergent 3 bassins versants vers 3 mers ou océans distincts.

Le premier tripoint est sur la commune de Récourt-le-Creux : 49°58’40.9’’N 5°22’41.9’’E.

Au village, j’ai discuté avec un habitant sur le pas de sa porte. Je ne voulais surtout pas m’égarer. Ce premier tripoint est en plein champs, au bout d’un chemin rural en cul-de-sac d’environ 3 km. Un aménagement est en cours de conception, mais rien n’est encore en place. Ni une signalisation sur site, ni même une pancarte directionnelle en quittant la petite route départementale. Faudrait revisiter le site dans quelques années. En approchant lentement à pied, on perçoit une légère croupe. De là, les eaux s’écoulent vers la Méditerranée via le Rhône, vers la Mer du Nord via la Meuse, ou vers la Manche via la Seine.

J’ai passé la source de la Meuse la veille.

Puis la source de la Seine 4 jours plus tard.

Le second tripoint est sur la commune de Meilly-sur-Rouvres : 47°12’11.9’’N 4°32’53.7’’E.

Sur une pelouse triangulaire, le site est mis en valeur en bordure immédiate de la D 981, intersection avec la rue Monchampeau. Je cite le panneau didactique : « Les voyages de trois gouttes de pluie… Ici, cette curiosité géographique est symbolisée par des arbustes au centre en forme de rose des vents pour les quatre points cardinaux, puis par trois arbres plantés chacun auprès d’une pierre pour montrer vers où les eaux s’écoulent : un arbre pour le bassin Seine-Normandie, un autre pour le bassin Loire-Bretagne et le troisième pour le bassin Rhône-Méditerranée ». A côté de chaque arbre, un panneau explique le voyage d’une goutte de pluie vers la Manche, l’Atlantique ou la Méditerranée. Pour exemple, je vous livre ci-après et in extenso le voyage d’une goutte de pluie vers la Manche. Poésie non signée !… Quant au dessin du panneau principal, il est l’œuvre des élèves de Créancey : Grande Section de l’école maternelle, CP et CE1. J’affectionne particulièrement la goutte d’eau de pluie qui ne sait vers où se tourner…


Le voyage d’une goutte de pluie vers la Manche.

Blottie dans le nuage contre ses amies,

Marinette attend l’arrivée de la pluie.

          Le grondement du tonnerre déclenche l’orage

          Notre petite goutte tombe dans notre beau paysage.

Elle suit le petit ruisseau pour aller au réservoir,

Ensuite elle emprunte la rigole jusqu’au soir.

          En arrivant dans l’écluse, elle rencontre un bateau.

          Puis elle continue son voyage sur le canal en regardant les châteaux.

Au fil de l’eau, elle parle aux péniches et aux poissons,

Et elle va rejoindre la rivière en passant sous les ponts.

          Petite goutte d’eau tremble en se rapprochant du grand fleuve

          Mais avec courage, elle s’y jette avant qu’il pleuve.

Arrivée dans la Seine, elle poursuit son chemin vers Paris.

Elle rêve de voir la Tour Eiffel la nuit.

          Après avoir traversé la capitale,

          Elle file vers la Manche loin de son canal.

Marinette arrive enfin dans la mer, fatiguée de son voyage,

Mais pressée et impatiente de retourner dans son nuage.


 

A l’échelle de notre planète Terre existent seulement 14 points triples. 6 sont en Amérique du Nord, 8 en Europe. Zéro sur les autres continents !… Un seul alimente trois océans, le Triple Divide Peak en Amérique du Nord, 2 444 m. Trois bassins tournés vers le Pacifique, l’Arctique et l’Atlantique. Les 13 autres alimentent 2 océans et 1 mer, 1 océan et 2 mers, ou 3 mers.

On peut aussi définir des points triples avec une règle moins restrictive. Point de concours de 3 bassins fluviaux qui ne vont pas forcément vers 3 mers ou océans distincts, mais seulement une ou deux destinations. Dans ce cas, il y en a beaucoup plus, voire une grande multitude à l’échelle de la Terre toute entière. En France, on en compterait 9 rien que sur la ligne de partage des eaux pour 11 bassins fluviaux. Et bien d’autres encore si on considère aussi les fleuves côtiers. Avec cette deuxième définition moins restrictive, il est probable qu’il existe des points quadruples, mais je n’en suis pas sûr… Le bassin de la Têt longe la ligne de partage des eaux sur seulement 5 km. Deux tripoints très proches constituant presqu’un point quadruple mais pas tout à fait.

 

André PHILIPPE

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