Jean-Thiébaut SILBERMANN : un Burnhauptois célèbre


C’est le 1er décembre 1806 que Jean-Thiébaut Silbermann vit le jour, au Pont-d’Aspach (commune de Burnhaupt). Fils de Jacques Silbermann, officier sorti du rang dans l’armée napoléonienne, capitaine d’artillerie, et de Marie Hirt (les noms de Silbermann et de Hirt sont encore très répandus à Burnhaupt).


La vie scolaire du petit Jean-Thiébaut débute en 1813, sur les bancs de l’école communale de Burnhaupt-le-Bas.
Après que son père fut détaché à Neuf-Brisach en 1814 où il poursuivit sa scolarité, on lui reconnut du goût pour les sciences d’observation. C’est là, au collège communal qu’il prit des notions de dessin grâce à son professeur M. Liebenstein.
Son père l’inscrivit alors, en 1824, à la Faculté des Sciences de Strasbourg où il commença l’étude de la physique, de la chimie et de l’histoire naturelle. La physique était professée alors par un de ses parents, M. Herrenschneider.
En 1825 Jean-Thiébaut partit pour Paris où il descendit chez un ami de son père, rue Bondy, qui n’était autre que le renommé constructeur d’instruments de précisions : Jecker.
Celui-ci remarqua les qualités du jeune homme et l’admit comme apprenti dans ses ateliers où il put s’adonner à toutes sortes d’expériences. Tout en travaillant à l’atelier de Jecker, il continuait assidûment ses études scientifiques à la Faculté des sciences et suivait au Conservatoire des Arts et Métiers, les cours de dessin de Leblanc et les cours de géométrie de M. Le baron Ch. Dupin. Il fréquentait également, à la Sorbonne, les cours de chimie illustrés alors par l’enseignement de Thénard et les cours de physique, où Gay-Lussac était suppléé avec éclat par M. Pouillet.
L’habile professeur remarqua ce jeune et intelligent auditeur, et, le 1er novembre 1826, un an après son arrivée à Paris, Silbermann fut attaché à M. Pouillet comme aide de ses travaux et préparateur des cours de physique et de chimie du collège Bourbon.
C’était aux cotés de M. Pouillet qu’alla se dérouler la majeure partie de l’existence de Jean-Thiébaut, mais néanmoins, dès 1828, il se sépara de son maître, dans le désir bien naturel de chercher une amélioration à la situation modeste que lui assuraient alors ses fonctions.
Après avoir été professeur de dessin à Paris, il retourna à Neuf-Brisach, où il épousa en 1830 Marie-Ursule Simon. En avril 1831, il fut engagé, pendant plus de trois ans, comme piqueur aux travaux d’endiguement du Rhin, où il dressa la grande carte du cours du fleuve entre Bâle et Strasbourg. Puis il devint contremaître de mécanique à la maison centrale d’Ensisheim, sous la direction de l’entrepreneur Titot. Silbermann, tout en cherchant sa voie, acquérait, dans ces fonctions diverses, des connaissances variées et une habileté pratique des plus remarquables.
En 1835, il retourna à Paris où le professeur Pouillet lui proposa une place de préparateur des cours de physique au Conservatoire des Arts et Métiers et joignit à ces fonctions celles de préparateur à la Faculté des sciences en novembre 1839.
C’est pendant cette période (de 1835 à 1848) que Silbermann a accompli ses plus utiles travaux. Auxiliaire dévoué de M. Pouillet, il l’a secondé avec talent dans la partie pratique des recherches importantes entreprises par ce savant sur diverses branches de la physique.
Silbermann rendit de grands services à M. Pouillet comme préparateur. Son habileté comme dessinateur lui fit illustrer un traité de physique dont le succès égala celui de son enseignement. Cet ouvrage eut la faveur du public par l’élégante facilité du langage, la netteté des descriptions et par la perfection et la multiplicité des planches.
Les fonctions de Silbermann le mettaient en relation avec les constructeurs d’instruments de physique, et ceux-ci profitèrent plus d’une fois des conseils qu’il donnait.
C’est ainsi que furent refaits, par M. Ruhmkroff, sous l’inspiration de Silbermann, l’appareil connu en physique sous le nom de Banc de Melloni, pour répéter les expériences de Melloni sur la chaleur rayonnante, le Banc de diffraction et d’interférence, qui permet de produire, dans un cours public, les expériences si délicates de l’optique. Le premier,  il projeta, sur un écran, les beaux phénomènes de la polarisation de la lumière. Ces phénomènes furent montrés pour la première fois en 1838, au cours de physique de la Faculté des sciences de Paris.
Ces démonstrations furent rendues possibles grâce à l’Héliostat que Silbermann venait d’inventer.


Les expériences d’optique exigent, pour leur exécution, l’emploi des lumières artificielles ou de la lumière solaire : les lumières artificielles pèchent par l’intensité, sauf la lumière électrique dont l’emploi est récent ; la lumière solaire présente l’inconvénient de changer à chaque instant de direction par suite du mouvement apparent du Soleil. Le premier instrument qui résolut le problème était dû à Fahrenheit. Il consistait en deux miroirs dont l’un, mu par un mécanisme d’horlogerie, renvoyait le rayon suivant l’axe du monde, et dont l’autre lui donnait par une deuxième réflexion sa direction définitive. Cet appareil avait l’inconvénient d’affaiblir beaucoup la lumière. Cet héliostat (de Fahrenheit) fut à maintes fois modifié et amélioré d’abord par S’Gravesend, puis par Charles, Malus et Biot. C’est enfin Gambey qui réalisa l’instrument le plus précis, mais sa complexité en fit un instrument très cher et réservé à quelques initiés. Silbermann conçut l’ambition de donner une solution nouvelle du même problème et de créer un instrument réunissant la simplicité, la commodité des manœuvres et l’économie. Il y pensa plus d’une fois, et ce ne fut pas dans sa baignoire, comme Archimède, qu’il put s’écrier enfin : « j’ai trouvé » ; ce fut simplement au corps de garde, un jour qu’il payait son tribut à la défense de l’ordre public. Tandis que ses camarades se livraient aux distractions peu variées qui abrègent habituellement les heures de service, Silbermann assis à l’écart rêvait et cherchait, le crayon à la main. « Le rayon solaire, se disait-il, se meut d’un mouvement uniforme en faisant toujours le même angle avec l’axe du monde ; le rayon réfléchi, conservant une direction invariable pendant l’expérience fait également avec l’axe du monde un angle constant ; le miroir doit rester toujours perpendiculaire au plan qui contient les deux rayons et être également incliné sur chacun d’eux, il suffit donc de réaliser mécaniquement ces diverses conditions ». Le problème ainsi posé, Silbermann se mit à l’œuvre, et en quelques minutes il en avait esquissé la solution ; solution aussi simple dans son principe qu’élégante et hardie dans le dispositif de l’appareil. Quelques temps après, M. Soleil exécutait sur les dessins de Silbermann cet instrument dont l’aspect seul révélait l’heureuse nouveauté et qui devait faire le tour du monde. Silbermann se hâta de mettre l’appareil en expérience. Il l’installa sur la fenêtre de son modeste appartement, envoyant à grande distance, sur les murs noircis du Conservatoire, une image solaire dont il put constater de loin, à l’aide d’une lunette, la fixité presque absolue. Il le présenta à l’académie le 27 février 1843.
Vers la même époque, M. Pouillet ayant besoin de connaître très exactement le foyer des lentilles dont il se servait, Silbermann inventa le Focomètre, instrument propre à déterminer le foyer des lentilles et des miroirs. Puis Silbermann perfectionna le Sympiézomètre et le Cathétomètre. Il donna, le premier, l’explication du phénomène optique connu sous le nom de Houppes de Haidinger. L’année suivante il s’occupa du Dilatomètre qui porte son nom (pèse alcool Silbermann), destiné à évaluer les quantités de deux liquides mélangés et, en particulier, les mélanges d’eau et d’alcool par la dilatation de ses liquides ; puis il fit connaître son Pyromètre à gaz et l’appliqua à la détermination des points de fusion des alliages.

Instrument de Silbermann, pour démontrer les lois de la réflexion et de la diffraction, signé :
« Ed. Lutz Paris », fin XIXème siècle, inv. n° 416312, avec miroir et sa cuve.
Les mesures angulaires des rayons lumineux se font sur un cercle de diamètre 264mm, divisé 4 fois de 0 à 90°.

Le 1er mai 1848, Silbermann fut nommé conservateur des collections du Conservatoire des Arts et Métiers, fonction qu’il remplira jusqu’à sa mort.
Le 28 avril 1848, quelques jours avant sa nomination aux fonctions de conservateur, le Ministre de l’agriculture et du commerce prit un arrêté ordonnant le transfert au Conservatoire, des étalons de nos mesures nationales déposées au Ministère du Commerce. Ce transfert exécuté, Silbermann fut chargé de la vérification de ces mesures et de l’étalonnage des collections destinées aux échanges internationaux. Ce travail fut pour lui l’occasion d’inventer de nouveaux instruments et d’ingénieuses méthodes de vérification.
Il fit entre autre réaliser un comparateur pour effectuer la vérification des mesures de longueurs en tenant exactement compte de la température. Il fut également l’auteur d’une méthode ingénieuse qui permet de comparer et d’étalonner les poids dans le vide.
Entre 1850 et 1855, il réalisa avec Favre, les premières mesures de thermochimie, à propos des chaleurs de combustion de corps organiques. A la même époque il mesurait aussi le dégagement de chaleur produit par le courant électrique, aussi bien dans la pile que dans le circuit, confirmant ainsi le principe d’équivalence.

Les longs et nombreux services rendus par Silbermann à la science furent enfin récompensés par la décoration de la Légion d’Honneur qu’il reçut le 1er janvier 1856.
Jean-Thiébaut Silbermann s’est éteint à Paris le 4 juillet 1865 à l’âge de 59 ans.
La société a donc beaucoup demandé à cet homme de bien ; elle en a beaucoup reçu. En échange, elle ne lui offrit, au Conservatoire des Arts et Métiers, qu’une position plus que modeste qui lui donnait à peine de quoi faire vivre les siens et lui imposait jusqu’à la fin de sa vie une existence de privations.
Il laissa sa famille dans le plus grand dénuement.
La pension de retraite de ses survivants fut fixée par le Conservatoire, à 146 francs par an* ! Heureusement que la société de secours des amis des sciences a eu plus d’entrailles ; malgré les charges qui pesaient sur elle, elle accorda aux survivants de l’ancien conservateur des Arts et Métiers un secours annuel de 1000 francs.
Le journal Cosmos du 12 juillet 1865 le caractérisa ainsi : « Silbermann a contribué sans gloire à plus d’une grande découverte ».

*  Le budget familial annuel, vers 1860, était d’environ 1000 francs.


 APPENDICE
Notice autobiographique de J. Th. Silbermann
(L’original est déposé aux archives de la société d’histoire naturelle de Colmar)

Né le 1er décembre 1806, au Pont d’Aspach, annexe de la commune de Burnhaupt-le-Haut.
Entré à l’école communale de Burnhaupt-le-Bas en 1813.
Arrivé à Neuf-Brisach avec ses parents en 1814.
Entré à l’école de Beaumont, près de fort Mortier ; à l’école de Messin à la porte de Bâle ; à l’école communale de Stœrckel.
Au collège communal de Neuf-Brisach sous Ravez, en 1817 jusqu’en 1822. Notions de dessin de M. Liebenstein.
École de dessin de Mme la chanoinesse baronne Loire de Wimpfen.
1823 – Dessin d’architecture – Rate grade du génie sous les commandants de Goll et Thomassin.
23 mars 1824 – Arrivé à Strasbourg.
Dessin au bureau du génie de la ville ; caserne des pontonniers.
Cours de dessin de J Guérin, à l’hôtel-de-ville.
Faculté des sciences : Cours de physique, M. Herrenschneider ; – chimie, M. L’abbé Branthôme ; – histoire naturelle, M. Hammer.
4 novembre 1825 – Arrivé à Paris – Construction d’instruments de précision chez M. Jecker, rue Bondy. – Cours de dessin de Leblanc au conservatoire et géométrie  de Dupin. – Cours de physique de Gay-Lussac et Pouillet. –  Cours de chimie de Thénard et Dulong, à la Sorbonne.
1er novembre 1826 – Entré chez M. Pouillet comme aide de ses travaux et préparateur des deux cours de physique et chimie du collège Bourbon.
En 1827, préparateur du cours de M. Pouillet, de la maison d’Orléans, jusqu’en 1828.
Professeur de dessin, du 1er novembre 1828 au 1er novembre 1829.
1829 – Retour à Neuf-Brisach, le 4 novembre 1829.
Entré comme élève dans la maison Herder à Fribourg en Brisgau, pour le dessin des cartes géographiques.
1830 – Revenu à Neuf-Brisach et marié le 12 octobre 1830.
Piqueur aux travaux du Rhin, à partir du 29 avril 1831 jusqu’en septembre 1834.
1er septembre 1834 – Entré comme contremaître de mécanique dans la maison centrale d’Ensisheim avec l’entrepreneur Titot.
1835 – Revenu à Paris, le 15 juillet, chez M. Pouillet, en qualité de préparateur de son cours de physique à la Sorbonne, du 1er novembre 1839 au 1er  novembre 1848.
1848 – Conservateur des collections du Conservatoire national des Arts et Métiers ; nommé le 1er mai 1848.
5 mars 1853 – Nommé l’un des administrateurs de la Société de secours mutuels du 6e  arrondissement.
8 mars 1853 – Membre de la commission de statistique du 6e arrondissement.
10 septembre 1855 – Membre du congrès international de statistique.
Le 8 août 1855 – Nommé membre de l’ordre militaire du Christ, de Portugal.
Reçu les insignes et le brevet, le 1er septembre 1855.
1er janvier 1856 – Nommé membre de la Légion d’Honneur par avis ministériel.

Travaux réalisés par Silbermann.

Condensation des gaz à la surface du platine.
Galvanoplastie.
Précautions dans les pesées.
Appareils divers
– Banc de Melloni.
– Banc de diffraction.
Projection des effets de polarisation.
Phénomènes coloriés.
Focomètre.
Héliostat.
Vitesse de l’électricité.
Vitesse de la lumière.
Dilatomètre alcoolique.
Procès verbal de la comparaison des poids et mesures métriques envoyé au gouvernement des États-Unis.
Type de mètre, à bout et à trait, avec pyromètre de Borda.
Comparateur à levier pour la comparaison des mètres.
Comparaison des poids dans le vide.
Pyromètre métallique à air.
Mètres types pour l’Espagne.
Mètres et kilogrammes types pour l’exposition universelle de Londres.
Mètres et kilogrammes prototypes du commerce.
Mesure de la variation de longueur des lames ou règles soumises à l’action de leur propre poids, pour servir de correctif aux mesures linéaires.
Rapport fait au nom du comité des arts économiques de la Société d’Encouragement, sur la propagation du système métrique.
Balance disposée pour déterminer les longueurs par des poids.
1er Mémoire. – Mesure métrique des longueurs du corps de l’homme.
2ème Mémoire. – Moyenne de la taille humaine.
3ème Mémoire. – Loi des longueurs et des largeurs.
4ème Mémoire. – Origine des mesures de longueurs.

Bibliographie :
Notice Biographique sur Jean-Thiébaut Silbermann par M. J. Nicklès professeur à la faculté des sciences de Nancy (1866).
Bulletin de la Société d’Encouragement Notice biographique sur Jean-Thiébaut Silbermann par M. Lissajous (1867).

Remerciements.

Je tiens particulièrement à remercier le Conservatoire National des Arts et Métiers de Paris Centre d’Histoire des Techniques, pour la documentation apportée et sans qui cet article n’aurait pu paraître.

Paul KRAFFT

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *